Les cotons-tiges

Les cotons-tiges en plastique seront interdits au 1er janvier 2020 afin de réduire les déchets en mer. Pourquoi sont-ils particulièrement néfastes et par quoi seront-ils remplacés ?

Contexte

Le coton-tige apparaît autour de 1920, pour le nettoyage des oreilles, et en particulier celles des bébés. Vous pouvez lire la petite histoire du coton-tige sur Wikipédia. La tige est au départ en bois, puis devient plastique dans les années 1970. Plusieurs articles de journaux citent le groupe Lemoine comme un des principaux producteurs français. Chaque année, le groupe Lemoine produit plus de 20 milliards de cotons-tiges à travers le monde chaque année, ce qui correspond à presque 55 millions cotons-tiges produits en une seule journée ! Le poids d’un coton-tige étant d’environ 0.25 g (j’ai pesé grâce à ma balance de cuisine : 4 cotons-tiges = 1 g), il s’agit bien d’un total de près de 5 000 tonnes de plastiques chaque année, comme l’annonce le site Reporterre.

Durant l’été 2016 a été votée la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, après 2 ans de débat opposant la gauche et la droite (et suivant de 42 ans la dernière loi sur le sujet). Comportant 174 articles dont la création d’une Agence française de la biodiversité (AFB), cette loi a de nombreuses facettes, comme l’explique France Nature Environnement. Dans ce cadre, la vente de cotons-tiges dotés de tige en plastique sera interdite à partir du 1er janvier 2020, (article 124 de la loi). Cette interdiction a pour but de réduire les déchets plastiques en mer.

Serial litter

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Image twittée par Surfrider.

Le rôle des cotons-tiges dans la pollution des mers a notamment été dénoncé par l’association Surfrider. Celle-ci organise depuis une vingtaine d’années la collecte de déchets aquatiques (plages, rivières, …) à l’échelle mondiale sous le nom d’Initiatives océanes. Depuis 2014, les bilans sont publiés en ligne (je vous conseille d’ailleurs d’y jeter un œil car ils sont bien faits). J’ai sorti quelques chiffres que le graphique ci-dessous résume. Entre 16 000 et 44 000 cotons-tiges ont été ramassés chaque année, avec une moyenne de 35 000. Cela correspond à environ 2 cotons-tiges ramassés par l’association pour 1 million de cotons-tiges produits par Lemoine. En avril 2016, Surfrider met au point la campagne Serial Litter avec une photo de cotons-tiges et la mention « suspect n°2 » (ci-dessus). Les cotons-tiges ne constituent pas une si grande part des déchets ramassés, que ça soit en nombre ou en poids. Mais l’association a peut-être estimé que les dégâts causés par les cotons-tiges sont plus graves que pour d’autres déchets plastiques, notamment à cause de la petite taille et la forme des tiges en plastique.

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Tableau des ramassages de Surfrider d’après leurs bilans.

Le chemin du coton-tige

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Photographie prise par Justin Hofman proche des côtes indonésiennes.

Lorsqu’ils sont jetés dans les WC, les cotons-tiges sont en principe filtrés dans les stations d’épuration d’eau par des grilles. Mais en cas de trop plein (pluies importantes par exemple), un « déversoir » permet aux eaux de s’évacuer plus rapidement, et les objets flottant à la surface partent avec, explique à l’Express Rémi Lombard-Latune, ingénieur de recherches à l’Institut national de recherche en sciences et technologie pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) sur l’adaptation des techniques d’assainissement extensives en zone tropicale. Ces déchets finissent dans les rivières, fleuves, mers, océans, ou sur les plages. Comme tous les plastiques, les bâtons de cotons-tiges flottent à la surface des eaux usées et se retrouvent donc plus facilement dans les mers.

Lorsqu’ils se retrouvent dans la nature, les plastiques ont des effets très néfastes. Entiers, les cotons-tiges peuvent perforer les organes des oiseaux ou poissons qui les avalent. Devenue célèbre, la photo ci-dessus, prise par le photographe Justin Hofman en Indonésie et publiée par National Geographic, montre un hippocampe s’accrochant à un coton-tige en plastique. Au bout de plusieurs années, le plastique commence à se décomposer très lentement (on estime que la durée de vie des déchets en plastique est de plusieurs centaines d’années). Le plastique est constitué principalement de molécules (hydrocarbures) qui sont toxiques pour beaucoup d’organismes. La décomposition du plastique peut également engendrer la libération de produits ignifugeants dans le cas où le plastique a été traité avec des retardateurs de feu (ce dernier sujet était récemment abordé dans un numéro de Cash Investigation). Enfin, les déchets plastiques deviennent des particules de micro-plastique, fixent les polluants déjà présents dans l’eau, et sont facilement ingérés par les animaux marins.

On pourrait donc penser que le problème concerne seulement les cotons-tiges jetés dans les toilettes. Si les cotons-tiges sont correctement jetés à la poubelle, ils sont traités avec les autres déchets non recyclables. On en vient au problème de la gestion des déchets ménagers, sujet beaucoup plus vaste. D’après Reporterre, dans les centres de tri et de compostage, les restes de cotons-tiges sont visibles et parsèment les matières organiques. Mais à cause de leur petite taille, les bâtons en plastique sont en plus difficilement filtrés.  « Ces objets sont trop petits, ils passent à travers les grilles de filtrage et ne se dégradent pas. » raconte la sénatrice communiste Évelyne Didier, auteure du texte d’interdiction, à Reporterre. On imagine alors que certains cotons-tiges jetés dans les poubelles passent à travers les mailles et se retrouvent au final dans la nature. Mais peu importe leur chemin, les cotons-tiges en plastique ne sont jamais recyclés et mettent des centaines d’années à se dégrader.

Les alternatives

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Photographie de cotons-tiges avec tige en papier.

Les cotons-tiges en plastique seront très certainement remplacés par du papier biodégradable. A priori, ils s’imbiberont d’eau, ne flotteront pas en surface, et seront donc mieux filtrés. Même s’ils parviennent dans la nature, ils se dégraderont plus rapidement (le temps de vie des déchets en papier est de quelques mois). La société Lemoine a débuté la production de cotons-tiges avec tiges en papier. D’autres marques en commercialisent déjà, et j’ai eu l’occasion de les tester. La différence avec les cotons-tiges en plastique est peu perceptible. Une autre alternative pour limiter ses déchets est d’utiliser un cure-oreille réutilisable. La version bambou, l’oriculi, est très à la mode.

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